Rencontre avec Héloïse Piraud

Parle-nous un peu de ton parcours. Comment et quand as-tu commencé à travailler la terre ?

Je suis née à Paris en 1988 et suis diplômée de l'INHA - Sorbonne Paris IV en Histoire de l'Art. J'ai co-fondé en 2011 un studio de design spécialisé dans les luminaires et en 2017, une maison d'édition d'objets.

En 2018, j'ai été formée en sculpture spécialisée dans le modelage de la faïence, ce qui m'a conduit peu de temps après m'installer dans un grand atelier partagé de céramique à Montreuil. 

portrait héloise piraud volume

S'il fallait choisir un outil ? Je crois que ce serait l'extrudeuse... parle-nous en un peu plus ! 

Lors d'un workshop à Lisbonne, contrainte par le temps, j'ai découvert l'extrudeuse. Cet outil deviendra l'impulsion technique de la grande majorité de mes créations. Cette «machine à développer des idées» représente également ce qui m'intéresse dans la céramique aujourd'hui. Elle est une combinaison idéale entre mon goût pour des traditions ancestrales et l'utilisation de procédés innovants. Une partie de mes recherches vise à interroger les propriétés et les limites de la terre. L'extrudeuse me permet d'impulser une dynamique et de donner des débouchés et des possibilités à ma céramique. 

heloise piraud atelier pour volume ceramics

Peux-tu nous parler de tes inspirations ?

Pour l'ensemble de mes premières pièces, je n'ai pas vraiment été inspirée par quelque chose en particulier. Je pense que ce sont des couleurs et formes du quotidien dont je m'imprègne inconsciemment et qui ressurgissent dans mon travail. 

J'aime l'idée de laisser place à cette notion vaste et sentimentale qu'est l'intuition, tout en essayant à chaque fois d'affiner ma quête de simplicité. L'accident et le hasard sont toujours conviés au processus de fabrication mais il est rapidement réorchestré et réagencé pour ne pas en dire trop. 

Est-ce que tu collectionnes des pièces chez toi ?

Je collectionne mobiliers et luminaires du XX, surtout italien (Aulenti, Colombo, Castiglioni, Frattini...), mais aussi Paulin, Guariche, Noguchi & Ingo Maurer que j'affectionne tout particulièrement. 

J'ai aussi des pièces de designers émergents et quelques petits tableaux (François Morellet, Chillida). 

La vaisselle en grès de maison bourguignonne provient du Château de Ratilly.

Et je compte bien un jour acquérir des pièces des céramistes Hervé Rousseau, Shozo Michikawa & King Houdekpinkou ! 

Peux-tu nous parler d'un(e) céramiste ou d'un(e) artiste que tu apprécies particulièrement ?

Difficile de s'arrêter à une personne. En céramique, sans hésitation, Shozo Michikawa. Sa gestuelle, sa réappropriation du tour, les formes qu'il arrive à concevoir me transcendent littéralement . Cet homme fait de la poésie. C'est la pure perfection.

En peinture, s'il faut choisir, Lucian Freud. Il est passionnant et son style est selon moi irréprochable. 

Quelle est ton approche de la forme ? Est-ce que tu dessines beaucoup ? Est-ce qu'il y a beaucoup de recherches préliminaires et de tests ? 

Beaucoup d'étapes sont nécessaires avant d'atteindre le résultat attendu. Je travaille de concert avec l'extrudeuse qui, par pression, dirige l'aspect formel des éléments de la pièce que j'assemble les uns aux autres. Par le passage d'éponges gorgées d'eau je viens ajouter torsions et mouvements, au risque d'un effondrement. Lors du modelage, une grande place est laissée à l'instinct et au hasard. Ces notions sont ensuite oubliées lors du façonnage. C'est durant cette étape que je ponce la terre jusqu'à ce que la forme soit en apparence « parfaite », avant d'y propulser la couleur au pistolet.

Quels sont tes projets en ce moment et vers quoi aimerais-tu aller en 2021 ? 

Mes pièces sont toutes uniques ou produites en séries limitées. Je laisserai cette collection de côté pour explorer davantage les contours de la terre en développant la série Appeal. À l'aide de mon souffle, je remplis d'air les volumes primaires expulsés par l'extrudeuse. Par essence, la forme gonflée est impermanente, prédestinée à éclater ou flétrir. Je cherche à capturer cet état d'incertitude. L'imperfection de l'ensemble trahit l'effort imposé à la matière.
Pour cette série je compte mettre la faïence de côté pour un temps, retourner au grès lisse et développer des émaux secs, à l'engobe de porcelaine. 

Peux-tu nous parler un peu plus des pièces Il fait froid ? Comment les as-tu pensées, assemblées, émaillées...?

Il fait froid fait partie d'un groupe de céramiques composé de vases et de sculptures en faïence et en grès, produit en 2020 et intitulé During a Love Sorrow. Cette collection conçue naïvement, pour soigner un long chagrin d'amour, s'intéresse à ce que peut dire cette matière si capricieuse. 

Il fait froid interroge les possibilités de contrôle de la matière. En repoussant au maximum les limites de la plasticité de la terre, je joue avec les éléments expulsés par l'extrudeuse.  Les pièces se renferment, les courbes douces se resserrent vers le haut sans se toucher, comme si elles avaient besoin de respiration, d'affirmer un espace intérieur et un souffle. Toutes mes pièces sont émaillées au pistolet.il fait froid heloise piraud volume 2

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