Rencontre avec Annabel Cucuz

Tu as étudié la sculpture, qu’est-ce qui t’a menée vers la terre ?
J’ai grandi dans le North Staffordshire en Angleterre, qui représentait le cœur de l’industrie céramique en Grande Bretagne. Il y avait de la terre et du charbon en abondance ici, donc la région a développé une vraie tradition autour de la poterie depuis le 17ème siècle. Cela fait partie de notre identité et j’ai toujours été sensible à cet artisanat. Lorsque la pandémie a frappé en mars 2020, je préparais mon exposition de fin d’études au Edinburgh College of Art. Nous avons dû tout emballer et rentrer chez nous alors que je travaillais sur des sculptures en métal de plus de trois mètres de haut. J’ai adapté ma pratique à un studio à la maison, sans accès aux ateliers de l’école. J’avais passé énormément de temps à créer des maquettes en terre donc je suis revenue assez naturellement à cette matière. J’aime beaucoup cette approche intuitive avec très peu d’outils, qui fait se sentir tout à fait connectée à la matière. 

annabel cucuz for volume ceramics

Parle-nous davantage des techniques que tu emploies.

Je fais du modelage – au colombin puis ensuite je travaille avec une estèque en métal. C’est mon outil préféré. À moins que ce ne soit l’outil en caoutchouc que j’utilise pour lisser les pièces. Le modelage est idéal pour créer les pièces que j’aime faire, on ne pourrait pas réaliser ce type de pièce au tour. C’est une pratique assez lente et c’est aussi cela que j’apprécie – mes journées passées à modeler sont presque comme des journées passées à méditer.

annabel cucuz studio for volume ceramics

Peux-tu nous parler de tes influences ?

J’aime parler de « nostalgie mal placée », même si je suis inspirée par à peu près tout et n’importe quoi. À l’université j’étais concentrée sur l’idée des temps parallèles, en particulier dans la culture. Ce qui m’intéresse c’est par exemple de visionner un film comme Orange Mécanique, qui prend place dans un « futur proche », que ce soit dans les thèmes sociologiques développés ou dans le set design du film – même si ce futur esthétisé n’a ou n’aura pas lieu. Le film voit plus loin mais sans nous regarder. Alison et Peter Smithson ont créé la Maison du Futur en 1956, une vision de ce que serait la norme 25 ans plus tard, toute en plastique. Ils imaginaient les années 80, des années 80 qui ne sont finalement pas arrivées. Cette déconnexion bizarre m’a donné envie de créer des pièces qui pourraient exister dans cet entre-deux, dans le temps et dans l’espace. Je passe beaucoup de temps à me nourrir de programmes TV, de livres, de magazines de décoration d’intérieur datant des années 70, 80 et 90. Que ce soient des formes que j’ai envie de recréer ou une certaine émotion dans une scène, il y a toujours une abondance d’inspirations.

Je trouve aussi de l’inspiration dans la sculpture moderne, du côté de Barbara Hepworth, Isamu Noguchi, Constantin Brancusi, chez les surréalistes (Giorgio Di Chirico et René Magritte) ou encore chez les artistes et designers contemporains qui créent des scènes digitales fantasmées comme Charlotte Taylor et Alexis Christodoulou.

annabel cucuz volume ceramics

Parle-nous davantage des pièces sélectionnées pour Volume Ceramics.

Elles sont faites en grès, qui est la matière que je préfère travailler. J’ai créé Toasted Postmodern 1 en observant des intérieurs post-modernes et la manière dont ils connaissent une sorte de renaissance aujourd’hui. J’aime ces ondulations. La silhouette que j’ai fini par créer avec Desert in Black 1 m’évoque le Far West, quelque chose proche du cactus. Je pense alors à des cow-boys, des Saloons et à No Country for Old Men !

Est-ce que tu écoutes de la musique en créant ?

Absolument, c’est ce que j’adore dans ma pratique : me déconnecter tout en faisant, en écoutant de la musique. Cela dépend de l’humeur et du moment mais ces jours-ci j’écoute beaucoup cette playlist  

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Sur quoi travailles-tu en ce moment et quel serait ton projet de rêve pour l’année prochaine ?

Je travaille sur des pièces pour ma présentation de diplôme qui a été décalée, et aussi pour un concept-store à Londres, qui ouvrira au même moment. J’aimerais vraiment passer du temps en Italie l’an prochain, pour m’inspirer d’un nouveau contexte et d’un nouvel environnement. C’est clairement mon projet de rêve !

 

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